Vue de l'extérieur, la situation peut sembler désespérante : une profession panier de crabe, massivement réseauteuse, élitiste, inaccessible. Dans les faits... 90% des journalistes ne sont jamais passés par une école. Le milieu est donc nettement plus ouvert qu'il n'y paraît. L'occasion de réaliser un rêve ? A condition d'avoir de la patience et les nerfs solides.
1) Posséder quelques compétences de base
On vous demandera d'écrire un français impeccable (sauf en télé ou radio, évidemment) et d'avoir un minimum de sens de la débrouille. La plupart du temps, en tant que journaliste, vous bossez tout seul. A vous les joies, et les peines, de l'indépendance (même en rédaction). Il faudra devenir une force de proposition, avoir de l'imagination, de la culture générale, le sens de l'organisation et de la synthèse, et enfin, un bon contact avec les gens de tous les milieux. Rien de surhumain non plus !
2) Posséder quelques compétences spécifiques
Les écoles de journalistes forment une majorité d'enfants de profs, issus de la classe moyenne, profil aisé ultrabanal. Ils ont en général fait un IEP ou une maîtrise en fac de sciences humaines avant de compléter leur formation. Ce qui signifie que la profession manque terriblement de connaissances en : finance, économie, sciences, administration, industrie, agro-alimentaire, etc. Pas glamour ? Certes, mais en géopolitique ou littérature, comment dire, vous affrontez directement les surdiplômés de service. Autant prendre les voies de traverse : vous trouverez du boulot avant eux.
3) Commencer petit ou local (ou web !)
A un moment, sans piston, il faudra accepter de faire n'importe quoi. Le journal de votre mairie, celui du conseil général, celui du syndicat ou de l'entreprise du coin... localier abonné aux chiens écrasés ou spécialiste en nécros... C'est toujours ça de pris sur son CV. Le risque, c'est de s'enterrer. Mais rapidement, vous vous retrouverez sur les mêmes événements que les journalistes régionaux, voire nationaux : c'est le moment de construire son réseau !
4) Ou alors, commencer par un blog
Vous êtes fan de hip-hop ou de théâtre... comme des milliers d'autres journalistes. Il va falloir être meilleur qu'eux, ultraspécialisé, incollable, imaginatif, surinformé. Ou avoir une plume incontournable. Pour se faire remarquer, le blog fonctionne plutôt pas mal. Mais il vous oblige à un énorme boulot préalable. Réservez cette stratégie à votre grosse passion !
(et suivez ces quelques 10 conseils pour ouvrir un blog à succès)
5) Réseauter
Le carnet d'adresses, c'est évidemment la clef. Plus vous avez d'amis journalistes, plus vite vous entendrez parler des bons plans, surtout quand l'un est promu chef ! Mais n'allez pas croire que le milieu est blindé de gens qui se fréquentent juste par ambition : ça se fait naturellement (les journalistes sont gentils et aiment se payer des coups à boire). N'oubliez pas de renvoyer l'ascenseur quand vous pouvez !
6) Chercher du boulot
L'ANPE n'est pas votre meilleure amie sur ce coup-là. En revanche, vous pouvez vous connecter sur categorynet.com et prier pour décrocher un poste intéressant - sachant que hors-réseau, la concurrence est acharnée. Vous aurez sans doute aussi la chance d'occuper les boulots dont personne ne veut (ou pas grand-monde) : secrétaire de rédaction (mise en page), community manager (surveiller les forums sur Internet), chasseur d'images pour des magazines improbables... Tout ça est bon à prendre. D'autant que mettre les pieds dans un journal, fût-ce pour faire des photocopies, est le meilleur moyen de finir par y écrire.
7) Devenir pigiste
C'est le début du sentier des merveilles. Mais pas la fin. Même sur une chaîne comme France 3, il faut plusieurs années pour être titularisé. Adieu les vacances à la cool, bienvenue dans la jungle. Bienvenue aussi dans un monde où vous n'avez plus besoin de vous lever le matin ou de poser vos week-ends ! La pige se paye soit comme salarié (statut de journaliste ouvrant la voie à une carte de presse, si plus de 50% de vos revenus sont dus à une agence de presse), soit comme auteur (en droits d'auteur, auquel cas vous cotisez pour votre sécu et votre retraite aux Agessa). Le prix minimal d'une pige est de 60 euros brut par feuillet (1500 signes). On vous proposera dix fois moins, notamment sur Internet. A vous de gérer.
8) Connaître ses droits
Pensez à vous syndiquer, par exemple au SNJ (mais pas forcément), ça peut toujours servir. A noter qu'un travail commandé est dû - aux prudhommes, c'est à votre employeur de prouver qu'il ne vous a rien demandé. La loi est de votre côté, autant le savoir ! On n'a pas le droit de vous traiter n'importe comment sous prétexte que vous êtes pigiste.
9) Devenir pigiste sur le long terme
Il n'est pas rare d'être encore pigiste à 75 ans. C'est la joie du métier. Généralement, vous tournerez avec un pool régulier d'employeurs qui vous demanderont encore et encore de collaborer avec eux, jusqu'au jour sacré où on vous proposera une embauche. Pour être au top des pigistes, il convient de rendre ses papiers correctement rédigés en temps et en heure (la plupart des collègues ayant une grosse tendance à prendre deux jours ou deux semaines de rab, systématiquement) et de se comporter gentiment (pas obséquieusement). Avoir des idées est clairement un plus.
10) Signer son contrat
En prenant un stylo et en pleurant sur vos dix, vingt, trente années de précarité, laissées derrière vous. Pas trop tôt, hein ? Grâce à ce contrat, vous allez enfin arrêter de squatter le canapé de votre tante Eugénie. Vous allez devenir adulte (j'espère que vous me raconterez). Vous n'oublierez pas de vous marier avec un-e autre journaliste, afin de rendre hommage à la redoutable endogamie du milieu. C'est important.
1) Posséder quelques compétences de base
On vous demandera d'écrire un français impeccable (sauf en télé ou radio, évidemment) et d'avoir un minimum de sens de la débrouille. La plupart du temps, en tant que journaliste, vous bossez tout seul. A vous les joies, et les peines, de l'indépendance (même en rédaction). Il faudra devenir une force de proposition, avoir de l'imagination, de la culture générale, le sens de l'organisation et de la synthèse, et enfin, un bon contact avec les gens de tous les milieux. Rien de surhumain non plus !
2) Posséder quelques compétences spécifiques
Les écoles de journalistes forment une majorité d'enfants de profs, issus de la classe moyenne, profil aisé ultrabanal. Ils ont en général fait un IEP ou une maîtrise en fac de sciences humaines avant de compléter leur formation. Ce qui signifie que la profession manque terriblement de connaissances en : finance, économie, sciences, administration, industrie, agro-alimentaire, etc. Pas glamour ? Certes, mais en géopolitique ou littérature, comment dire, vous affrontez directement les surdiplômés de service. Autant prendre les voies de traverse : vous trouverez du boulot avant eux.
3) Commencer petit ou local (ou web !)
A un moment, sans piston, il faudra accepter de faire n'importe quoi. Le journal de votre mairie, celui du conseil général, celui du syndicat ou de l'entreprise du coin... localier abonné aux chiens écrasés ou spécialiste en nécros... C'est toujours ça de pris sur son CV. Le risque, c'est de s'enterrer. Mais rapidement, vous vous retrouverez sur les mêmes événements que les journalistes régionaux, voire nationaux : c'est le moment de construire son réseau !
4) Ou alors, commencer par un blog
Vous êtes fan de hip-hop ou de théâtre... comme des milliers d'autres journalistes. Il va falloir être meilleur qu'eux, ultraspécialisé, incollable, imaginatif, surinformé. Ou avoir une plume incontournable. Pour se faire remarquer, le blog fonctionne plutôt pas mal. Mais il vous oblige à un énorme boulot préalable. Réservez cette stratégie à votre grosse passion !
(et suivez ces quelques 10 conseils pour ouvrir un blog à succès)
5) Réseauter
Le carnet d'adresses, c'est évidemment la clef. Plus vous avez d'amis journalistes, plus vite vous entendrez parler des bons plans, surtout quand l'un est promu chef ! Mais n'allez pas croire que le milieu est blindé de gens qui se fréquentent juste par ambition : ça se fait naturellement (les journalistes sont gentils et aiment se payer des coups à boire). N'oubliez pas de renvoyer l'ascenseur quand vous pouvez !
6) Chercher du boulot
L'ANPE n'est pas votre meilleure amie sur ce coup-là. En revanche, vous pouvez vous connecter sur categorynet.com et prier pour décrocher un poste intéressant - sachant que hors-réseau, la concurrence est acharnée. Vous aurez sans doute aussi la chance d'occuper les boulots dont personne ne veut (ou pas grand-monde) : secrétaire de rédaction (mise en page), community manager (surveiller les forums sur Internet), chasseur d'images pour des magazines improbables... Tout ça est bon à prendre. D'autant que mettre les pieds dans un journal, fût-ce pour faire des photocopies, est le meilleur moyen de finir par y écrire.
7) Devenir pigiste
C'est le début du sentier des merveilles. Mais pas la fin. Même sur une chaîne comme France 3, il faut plusieurs années pour être titularisé. Adieu les vacances à la cool, bienvenue dans la jungle. Bienvenue aussi dans un monde où vous n'avez plus besoin de vous lever le matin ou de poser vos week-ends ! La pige se paye soit comme salarié (statut de journaliste ouvrant la voie à une carte de presse, si plus de 50% de vos revenus sont dus à une agence de presse), soit comme auteur (en droits d'auteur, auquel cas vous cotisez pour votre sécu et votre retraite aux Agessa). Le prix minimal d'une pige est de 60 euros brut par feuillet (1500 signes). On vous proposera dix fois moins, notamment sur Internet. A vous de gérer.
8) Connaître ses droits
Pensez à vous syndiquer, par exemple au SNJ (mais pas forcément), ça peut toujours servir. A noter qu'un travail commandé est dû - aux prudhommes, c'est à votre employeur de prouver qu'il ne vous a rien demandé. La loi est de votre côté, autant le savoir ! On n'a pas le droit de vous traiter n'importe comment sous prétexte que vous êtes pigiste.
9) Devenir pigiste sur le long terme
Il n'est pas rare d'être encore pigiste à 75 ans. C'est la joie du métier. Généralement, vous tournerez avec un pool régulier d'employeurs qui vous demanderont encore et encore de collaborer avec eux, jusqu'au jour sacré où on vous proposera une embauche. Pour être au top des pigistes, il convient de rendre ses papiers correctement rédigés en temps et en heure (la plupart des collègues ayant une grosse tendance à prendre deux jours ou deux semaines de rab, systématiquement) et de se comporter gentiment (pas obséquieusement). Avoir des idées est clairement un plus.
10) Signer son contrat
En prenant un stylo et en pleurant sur vos dix, vingt, trente années de précarité, laissées derrière vous. Pas trop tôt, hein ? Grâce à ce contrat, vous allez enfin arrêter de squatter le canapé de votre tante Eugénie. Vous allez devenir adulte (j'espère que vous me raconterez). Vous n'oublierez pas de vous marier avec un-e autre journaliste, afin de rendre hommage à la redoutable endogamie du milieu. C'est important.
