Je me présente à vous, communauté de la chouette, pour vous demander de l’aide.
Voilà.
Je m’appelle Mary Lane, j’ai 26 ans, je travaille sur le web et je ne sais pas négocier mon salaire. Mais vraiment pas, hein.
Je suis du genre à bégayer et à rire bêtement dès que l’on prononce devant moi les sons « k-eu ». Je me retrouve à écrire des piges pour 13 euros les 2000 signes et, bonne poire, je continue de boire des verres avec mon « patron », tout content d’avoir trouvé le pigeon idéal. Bon, au moins, il a la décence de payer mes pintes.
Cette incapacité à ne pas savoir négocier mon salaire me pose tout de même des soucis.
En voici la preuve : me voilà au troisième entretien pour une boîte de web qui cherche un mouton à cinq pattes qui a tout l’air d’être moi. Après avoir convaincu les deux premières séries de cerbères, je dois faire face au PDG fondateur, celui qui va me parler du cœur du sujet : le pèse, la maille, l’oseille, la money-money… bref, tout ce qui conditionne achat d’appart, carte ciné à volonté et le japonais livré du mercredi soir.
Celui-ci est malin, à moins que ce soit moi qui ne sois complètement sortie de mon œuf. Il me sonde sur mon « envie » de travailler sur le projet. Evidemment, je débite mon blabla soigneusement préparé qu’il écoute à peine, le saguoin. Ravi d’avoir trouvé parmi la horde de chômeurs sur-motivés et sur-compétents, un élément « qui a envie », voici notre aimable PDG fondateur qui dérive vers le cœur doré du sujet. Si j’ai tant envie que ça, c’est que le projet va réussir me dit-il. Donc il ne voit aucun souci à me payer au lance-pierres et de m’accorder un variable selon la réussite dudit projet. Euh oui, mais quand vous dites lance-pierre, c’est combien monsieur ? Aaah, 4 « K-eu » de moins que mon salaire habituel… Hum.
Me voyant réfléchir, mon PDG fondateur ajuste ses canines et me rétorque un « Oh, mais si vous avez tant envie mais que vous hésitez, est-ce que ça veut dire que vous n’avez pas vraiment envie ? Mais vous avez peur alors ? Nous n’avons pas besoin de gens qui ont peur… ». Je vous épargne le regard sanguinaire, le front qui ne sue pas malgré les 32 degrés, le sourire blasé de celui qui en a vu d’autres…


Bon, la suite, je vous la laisse deviner : un timide « si-si, j’ai envie » suivi d’un « non-non, j’ai pas peur », un serrage de mains dont mes métacarpes se souviennent encore, et une proposition de salaire qui devrait arriver sous peu et que j’attends avec euh… impatience ?
Suis-je la seule en ce monde cruel à tout ignorer de l’art délicat de la négo salariale ?? Y a-t-il des bonnes combines à savoir ? Des mots magiques ? Please help !!!
