« J’ai besoin d’argent pour un projet de création à venir. Trouve-moi des sous de l’Europe ! Il y a peut-être un ou deux festivals qui pourraient nous inviter, en Belgique, en Italie … A la rigueur, on pourrait dire qu’on va faire un casting dans différents pays, et si au final ça s’avère convaincant, on pourra peut-être choisir des artistes autres que Français. » Et même parfois –dans le pire des cas –la compagnie en question n’a aucun « contact européen » et c’est la course, à quelques semaines (ou quelques jours) de l’envoi des dossiers à Bruxelles, pour trouver des « partenaires » susceptibles d’accepter d’apporter leur écot au projet « commun » et de remplir dans les temps la partie du formulaire qui leur incombe.
Cinq grandes erreurs se profilent :
- penser que « l’Europe » a réponse à tout et qu’il s’agit d’un tiroir caisse pour n’importe quel type de projet
- penser qu’il suffit de rassembler au moins trois partenaires de pays différents (ce qui est la règle, par exemple, pour les projets de coopération pouvant aller jusqu’à 24 mois) pour que « Bruxelles » s’en satisfasse
- forcer la main à la dernière minute à des interlocuteurs qu’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, dont on ignore quasi tout du fonctionnement, des enjeux, des moyens, etc
- imaginer qu’en organisant un « casting européen » et en prometant d’intégrer des artistes non nationaux, cela suffira à satisfaire aux exigences des experts en charge d’examiner les candidatures
- s’y prendre à la dernière minute pour remplir le dossier destiné à l’Agence exécutive, au risque de bacler la candidature
Pourquoi ?
- Les experts ne sont pas nés de la dernière pluie et flairent très vite si un dossier a du fond ou pas. Si la « durabilité » est l’un des critères essentiels exigé d’un projet, ce n’est pas un hasard. L’Europe souhaite aider des actions structurantes, pouvant réellement se développer au-delà des x mois d’activités subventionnées.
- Un partenariat, quel qu’il soit, ne peut être basé que sur une connaissance mutuelle et un respect des interlocuteurs (organisateurs ou artistes). Or, la durabilité a peu de chance de se réaliser avec des partenaires ne se connaissant pas, et le projet peut vite se transformer en cauchemard si des antagonismes, des rivalités, des incompréhensions insuffisamment jaugées dès le départ voient le jour.
- Sur quoi peut bien reposer un projet artistique dont « pour obtenir des sous de Bruxelles » (et uniquement pour cela), le casting sera composé d’artistes plurinationaux qui ne se connaissent pas, ne se sont pas cooptés et n’ont peut-être au final pas grand chose à faire ensemble ?
- Mais un autre danger s’avère bien réel : ce genre de projet a toutes les chances de pêcher en termes financiers :
- soit le budget est sous-estimé par rapport à l’ampleur de la tâche que recouvre le dossier « adapté aux normes européennes » (avec ateliers de sensibilisation, tournée transnationale, rencontres professionnelles, sans compter les brochures, DVD et sites internet participatifs, etc)
- soit le budget et le nombre d’activités ont été correctement estimés mais le spectacle ansi subventionné est quasi impossible à tourner (trop de frais de déplacement, scénographie ou distribution trop lourdes)
- soit enfin certains coorganisateurs tirent la langue, ayant « oublié » de prévoir un temps de latence entre la remise du bilan final à Bruxelles et le versement de la dernière tranche de subvention – les agios ne sont pas éligibles !
« L’argent de l’Europe » n’est pas un fléau, ni une nécessité. Il doit correspondre à un réel désir, partagé et réfléchi, en toute connaissance de ses (quelques) lourdeurs mais de ses (énormes) potentialités de redécouverte de ce que le projet culturel et la coopération internationale signifient. Alors, autant y réfléchir à deux fois.
Retrouvez tous les conseils de la communauté Ulule pour savoir comment obtenir des subventions.
